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  • Service d'avertissement IRBAB

    Guide de la betterave


    Source : KBIVB - IRBAB
  • RHIZOMANIE



    Symptôme foliaire engendré par la maladie virale de la rhizomanie
    Groupe : Furovirus
    Nom Néerlandais : Rhizomanie
    Nom Français : Rhizomanie
    Nom Anglais : Rhizomania
    Nom Allemand : Rizomania

    Généralités

    La rhizomanie est une maladie d'origine virale qui entraîne la formation abusive de nombreuses radicelles au détriment de la racine de la betterave et du rendement de la culture. Elle est causée par un virus, le Beet necrotic yellow vein virus (BNYVV), qui appartient au groupe des furovirus. Il est transmis à la betterave par un champignon du sol, présent dans les régions de culture betteravière, le Polymyxa betae. Ce champignon doit contenir les particules virales du BNYVV en quantité suffisante pour pouvoir infecter la betterave. Il faut en outre des conditions favorables pour qu'une infection devienne économiquement préoccupante pour la culture de la betterave (terre contaminée, température, humidité,...).

    Les pertes de rendement dues à la rhizomanie peuvent être très importantes, tant au niveau du rendement racines que de la teneur en sucre. Des pertes financières de plus de 60 % peuvent être ainsi observées. La perte de rendement dépend:

    • du niveau d'infestation (concentration en virus) dans le sol,
    • des conditions climatiques pendant la végétation de la betterave,
    • du moment de l'infestation

    La détection de la maladie se fait par l'observation de symptômes typiques. La présence du virus peut être confirmée en effectuant un test sérologique (test ELISA) sur la plante infectée ou par un biotest du sol contaminé. Ces deux tests peuvent être réalisés par l'IRBAB.

    La rhizomanie est apparue en Belgique en 1984. Elle est restée limitée aux Polders Anversois, jusqu'en 1990, en apparaissant régulièrement dans des nouvelles parcelles. La maladie a été également détectée à ce moment sur la rive droite de l'Escaut, à Stabroek. En plus de la région de Kieldrecht, la rhizomanie est également apparue, dès 1993, dans le Meetjesland et dans la région de Moerbeke. Ainsi, en 1996, plus de 25 champs de betteraves contaminés ont été détectés dans ces deux régions, surtout le long de la frontière avec la Hollande.

    Bien que plusieurs foyers de la maladie aient été observés, en 1993 et en 1994, dans les régions de Pottes et d'Escanaffles, le long de l'Escaut, l'évolution la plus importante y a été observée en 1995. La rhizomanie semble maintenant bien présente dans la région de Tournai. Quelques nouveaux cas ont été détectés en 1996, surtout dans la région de Frasnes. Des nouveaux foyers ont été également observés, en 1996, dans le Centre et en Hesbaye, surtout chez des planteurs ayant eu des champs contaminés en 1995, mais aussi dans des exploitations jusqu'alors indemnes. La région de Eghezée semble être actuellement un foyer relativement important. Plusieurs champs ont également été détectés dans l'Est du pays, dans les régions de Liège et de Maastricht.

    Une augmentation importante des surfaces contaminées par la rhizomanie a également été observée ces dernières années dans d'autres pays européens (Allemagne, Autriche, France, Hollande, Italie) où la maladie était déjà observée depuis longtemps.

    Il semble donc bien que la maladie soit présente un peu partout à l'état latent et que des conditions particulièrement favorables puissent entraîner son apparition en beaucoup d'endroits. Il convient cependant de ne pas dramatiser la situation car des solutions valables (utilisation de variétés de betteraves tolérantes) existent depuis quelques années pour lutter contre cette maladie.

    Un virus assez similaire, le Beet soil borne virus (BSBV), a été identifié en Belgique lors des travaux de recherche effectués sur la rhizomanie. Ce virus n'engendre pas de symptômes particuliers.

    Symptômes

    Le nom anglais du virus de la rhizomanie ("Beet necrotic yellow vein virus") correspond à un symptôme classique qui apparaît au niveau des feuilles et qui consiste en un jaunissement des nervures des feuilles, qui éventuellement se nécrosent et se décolorent par la suite. En fait, ce symptôme est assez rare, étant donné que le virus ne se trouve en général que dans les racines. L'infection ne devient systémique que très occasionnellement, lorsque la température et l'humidité sont très élevées. Généralement les symptômes foliaires résultent du mauvais fonctionnement du système racinaire.

    Les feuilles des plantes contaminées prennent plus généralement une coloration jaune vert clair et ont une forme allongée, avec de longs pétioles, et un port fort dressé et étroit. La décoloration peut faire penser à un manque d'azote, cependant la couleur des feuilles est souvent plus verdâtre. Au début de l'infestation d'une terre par la rhizomanie, ce symptôme foliaire peut être observé aussi bien sur quelques plantes éparses que sur des surfaces de plusieurs mètres carrés ou de plusieurs ares. Un flétrissement par temps très sec peut résulter d'un manque d'assimilation d'eau par les racines.

    Les plantes infectées présentent également des symptômes au niveau des racines. Ceux-ci sont souvent plus typiques.

    Lorsque l'infection est précoce, les racines restent petites et la croissance du pivot (racine principale) est interrompue. Il en résulte une prolifération désordonnée de petites racines et de radicelles latérales que l'on appelle plus communément une barbe. Ces radicelles prennent une coloration brunâtre et sont mêlées à de nouvelles radicelles blanches. Il en résulte une coloration générale poivre et sel.

    Lorsque l'infection est plus tardive, le pivot est plus développé, mais on observe souvent un rétrécissement de l'extrémité de la racine, avec également un chevelu racinaire important. Des infections tardives et peu importantes peuvent ne pas engendrer de symptômes visuels, bien que le virus de la rhizomanie soit détectable dans la racine.

    Il faut savoir cependant que ces symptômes racinaires ne sont pas spécifiques à la rhizomanie. Ils peuvent également être observés lors d'attaques du nématode à kyste de la betterave (Heterodera schachtii) ou dans des sols présentant une mauvaise structure.

    Des symptômes plus spécifiques sont observés lorsque l'on coupe la betterave verticalement. La présence interne de vaisseaux vasculaires jaune brun à l'extrémité du pivot et de tissus tumoraux aux endroits de la prolifération des racines latérales sont un critère important lors du diagnostic de la présence de rhizomanie.

    Lors de l'usinage des betteraves, l'observation d'une faible teneur en sucre et d'une faible teneur en azote alpha-aminé dans les jus de betterave sont un critère de détection dans différents pays (Pays-Bas, Angleterre). La teneur élevée en sodium est souvent prise aussi en considération.

    Biologie

    Le virus de la rhizomanie (Virus des nervures jaunes nécrotiques de la betterave, traduction anglaise: Beet Necrotic Yellow Vein Virus - BNYVV) est transmis par un champignon du sol, Polymyxa betae. Ce champignon pénètre dans les racines mais sa présence seule ne provoque pas de dégâts observables.
    Ce champignon forme des organes de conservation appelées cystosores. Ces cystosores peuvent garder toute leur vitalité dans le sol pendant plus de 15 ans.

    Lorsqu'une plante hôte (entre autres toutes les espèces de betteraves et l'épinard) est cultivée, des zoospores du champignon infectées par le virus de la rhizomanie sont libérées par les cystosores.
    Lorsque la terre est humide, les zoospores nagent vers les poils radiculaires des racines et y introduisent leur contenu. Le virus se multiplie ensuite et les particules virales sont véhiculées vers d'autres parties de la racine.

    L'excès d'eau favorise le développement et le déplacement du champignon dans la parcelle. Il augmente les risques de pénétration des zoospores dans le système radiculaire.
    Les champs de betteraves atteints sont ceux présentant un mauvais drainage, une nappe phréatique élevée ou encore ceux qui seraient soumis à une irrigation intensive.

    Une dissémination de la maladie par déplacement de particules de sol (résidus de décrottage, terre souillant les machines et outils) ou même par le vent est possible.

    Biologie

    Le virus de la rhizomanie (Beet necrotic yellow vein virus - BNYVV) fait partie du groupe des furovirus, qui comprend plusieurs autres virus causant d'énormes dégâts aux grandes cultures. Le génome du BNYVV est composé de 4 éléments nucléiques à base d'ARN (acides nucléiques) dont les séquences sont aujourd'hui connues. Chaque élément a un rôle déterminant dans la transmission ou dans la multiplication du virus.

    Le virus se ne se trouve en général que dans les racines. Il ne devient systémique que dans de rares cas de températures élevées et de fortes humidités. Sa concentration dans le système foliaire reste cependant très faible. Sa plus grande concentration se situe au niveau des radicelles latérales et dans le chevelu racinaire plutôt que dans le pivot où il est par ailleurs présent principalement dans la pointe.

    Le virus est incapable d'infecter des betteraves à lui tout seul. L'infection ne peut se faire que par son introduction dans la plante via les zoospores de son champignon vecteur, le Polymyxa betae, lorsque celles-ci pénètrent à l'intérieur des radicelles de la betterave. Le virus est incapable de survivre à l'extérieur sans la protection des spores du champignon. Il est cependant capable de survivre à l'intérieur de tissus végétaux congelés, et même dans un extrait de plante (jus).

    Identifié en 1964, le Polymyxa betae a rapidement été associé en Italie aux symptômes de la rhizomanie. Son rôle de vecteur n'est cependant apparu que dans les années '70 et '80, lorsque l'on a entre autres découvert des particules virales dans les zoospores de Polymyxa betae. Ce champignon fait partie des Plasmodiophoromycètes, qui sont tous des champignons parasites qui infectent les plantes via leurs zoospores, comme par exemple Polymyxa graminis.

    L'infection de la rhizomanie se fait initialement par les zoospores mobiles de Polymyxa betae, qui se déplacent dans le film d'eau du sol et qui sont attirées vers un site de pénétration sur la racine (cellules épidermiques des radicelles et poils absorbants). Après fixation, ces zoospores injectent leur contenu cellulaire (donc également le virus s'il est présent) à l'intérieur des tissus de la plante. Dans des conditions contrôlées de laboratoire, ceci peut se passer en 10 minutes. Une fois à l'intérieur de la plante, le champignon produit un plasmode, qui produit un zoosporange qui libère à son tour des zoospores secondaires. Plusieurs générations de zoospores sont ainsi produites et éjectées hors de la plante. Elles infecteront à leur tour les racines et les plantes adjacentes.

    Au lieu de zoospores, le plasmode peut également produire des cystosores, qui sont en fait la forme de survie du champignon. Leur survie dans le sol peut atteindre 20 années. Lors de leur éclosion, les cystosores donneront naissance à des dizaines de zoospores. Même dans un sol infecté, une faible proportion de cystosores de Polymyxa betae contient du virus. Cependant, le taux de multiplication du champignon contenant le virus de la rhizomanie semble être plus élevé que celui qui n'en contient pas. Polymyxa betae est pratiquement présent dans tous les sols belges. Il ne cause aucun dégât à la betterave lorsqu'il n'est pas infecté par le virus de la rhizomanie.

    Comme l'infection initiale s'effectue via des zoospores, le champignon a besoin de l'eau pour se véhiculer. Il faut donc que l'humidité du sol soit suffisante pour avoir une infection par le champignon. La température minimale de germination des spores se situe entre 10 et 15 °C et leur activité maximale se situe à 25 °C. Ces deux facteurs (température et humidité) doivent être réunis en même temps pour avoir une infection des radicelles.

    Plus le sol restera longtemps humide, plus il y aura de risques d'infection par les zoospores de Polymyxa betae. Cependant, dans ce cas, la structure du sol peut également se dégrader et entraîner des dégâts visuels aux betteraves.

    Les terres qui sont les plus susceptibles à cette infection sont donc celles:

    • qui ont une nappe phréatique élevée
    • qui sont situés le long de cours d'eau
    • qui sont irriguées

    La température du sol est aussi un facteur primordial. Si la température du sol est élevée dès le semis ou pendant le tout jeune âge de la culture, les dégâts seront plus importants que si la température du sol reste en dessous de 20°C. Ainsi, à 15°C, il faut plus de 35 jours pour avoir 50 % d'infection, alors qu'à 20°C, il faut 15 jours pour avoir 100 % d'infection.

    Le Polymyxa betae (et donc la rhizomanie) se rencontre dans des sols ayant un pH situé entre 6 et 8. En deçà d'une valeur de pH de 5,5, le champignon ne peut pas se développer, bien qu'il puisse y survivre. On a aussi observé qu'une forte teneur en ion calcium favorisait la multiplication du champignon, et ce beaucoup plus qu'un pH élevé du sol. En dessous de 200 mg de Ca/100g de sol, la multiplication du champignon est ralentie.

    On atteint un potentiel dangereux d'infection du sol après environ 3 cultures sensibles (3 rotations). Ce potentiel augmente rapidement et diminue peu par la suite. Le potentiel infectieux d'un sol reste quasi inchangé, même après 15 années sans culture sensible.

    Les cultures sensibles comprennent toutes les espèces de betteraves (sucrières, potagères, fourragères) et l'épinard. Certaines adventices appartenant à la même famille (Chénopodiacées) sont aussi hôte du champignon, mais ne semblent pas multiplier le virus.

    Le virus ne peut pas être transmis par la semence. Cependant, il peut être présent sur des tissus infectés et desséchés et dans de la terre entourant des semences produites dans un champ infesté.

    En dehors d'une présence latente de l'infection dans le sol, l'infection d'une parcelle peut se faire lors de l'apport de terre extérieure contaminée ou en amenant des plantes contaminées par du sol rhizomanié. Il suffit de ± 45 g de sol contaminé par are pour infecter suffisamment une parcelle et observer des pertes importantes (dans des conditions optimales). Signalons à ce propos que les écumes de sucrerie ne présentent aucun risque de contamination.

    L'infection peut également se faire par l'eau de drainage et d'irrigation. Lors du nettoyage des fossés et des canaux de drainage, la terre provenant du fond des canaux de drainage et ramenée sur le bord des parcelles peut introduire la maladie dans un champ lorsqu'elle est contaminée par la rhizomanie. L'irrigation d'un champ avec de l'eau contaminée par des drains provenant de champs infestés est également une des principales causes de dispersion de la maladie en France et aux Pays-Bas.

    A l'intérieur d'un champ infesté, la dispersion active de la maladie par le champignon vecteur lui-même est très faible. La dispersion de la rhizomanie dans un champ se fait essentiellement par les opérations de travail du sol (labour, hersage, etc...). Les animaux (gibier) peuvent également disperser la maladie, par les particules de terre accrochées à leurs pattes. La dispersion par le vent et par le ruissellement de particules de terre infectées est tout à fait possible d'une parcelle à l'autre, mais n'a jamais été démontrée sur de longues distances. Il est donc très difficile d'éviter des contaminations entre parcelles situées dans une même région, ainsi que son extension aux abords.

    Dans plusieurs pays, des précautions ont été prises en manière d'hygiène du matériel agricole circulant d'une région à l'autre. Toutes ces dispositions n'ont cependant pu freiner l'extension de la rhizomanie dans ces pays, même en Grande-Bretagne où les dispositions étaient très contraignantes.

    Prévention et lutte

    La meilleure manière de lutter contre la rhizomanie consiste en l'utilisation de variétés tolérantes (ou semi-résistantes) à la maladie. Ces variétés tolérantes devront impérativement être utilisées lorsque la rhizomanie a été identifiée dans un champ (même s'il ne s'agit que de petites zones contaminées).

    Plusieurs variétés tolérantes sont actuellement disponibles sur le marché. Certaines d'entre elles présentent, même dans un champ non contaminé, un niveau de rendement équivalent à 90 à 100 % à celui des variétés normales. Par contre, ces variétés produisent ± 9 à 10 t de sucre par hectare dans des terres contaminées alors que des variétés normales peuvent n'y produire que la moitié.

    D'autres techniques de lutte peuvent être envisagées au niveau du semis, de la rotation, du drainage et de l'irrigation, du contrôle des adventices et de la propreté du matériel.

    Comme la graine de betterave germe déjà vers 5 °C et que le champignon vecteur ne se développe que vers ± 12 °C, un semis précoce, effectué dans un sol plus froid, permettra d'éviter des attaques précoces et fort dommageables. L'infection, mais également la multiplication du virus sont ralenties à des basses températures.

    Des rotations trop courtes sont à éviter pour ne pas accélérer l'augmentation du potentiel infectieux présent éventuellement dans le sol.

    Un bon drainage du sol et une bonne structure (pas de zones compactes) sont essentielles. Des sols drainants seront moins sensibles que les sols battants et retenant l'eau. Il ne faut jamais travailler un sol mal ressuyé, ceci entraînera inévitablement un moins bon drainage en cas de forte pluie et un colmatage du sol.

    L'irrigation favorise le développement de la rhizomanie. Dans les régions contaminées, l'eau des canaux de drainage peut transporter la maladie. Lors des irrigations, on ne dépassera pas 2/3 de la capacité au champ, en évitant certainement le ruissellement.

    Un minimum de mesures sanitaires est également important afin d'éviter d'étendre l'infection à des parcelles indemnes. En zone contaminée, l'introduction de terres étrangères à l'exploitation est à proscrire et les matériels de récolte et de travail du sol devront être convenablement nettoyés avant leur utilisation sur d'autres terres.

    Le chaulage doit être adapté aux besoins de la plante et de la terre et correctement appliqué, tout en évitant un surchaulage, même local, favorable à la multiplication du champignon.

    On essayera d'éliminer les chénopodiacées (Chenopodium album) sensibles à certaines souches de Polymyxa betae. De même, la présence de betteraves mauvaises herbes maintient et multiplie le champignon dans le sol.

    Dans le cas de la rhizomanie, les mesures chimiques de désinfection du sol ne sont pas d'application, bien que le dichloropropène (DD, Telone) puisse assainir en partie le sol, mais de façon insuffisante.


    Source : KBIVB - IRBAB
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